Participations de Bernard DUCORNETZ et d' Alain JOUANNEAU au PARIS-BREST-PARIS du 16 au 20 Août 2015

Le récit de Bernard qui résume bien notre formidable aventure.

"90 heures maximum pour effectuer les 1230 kilomètres du parcours, tel est le challenge proposé aux randonneurs cyclo du Paris-Brest-Paris lors de cette 18 ième édition, organisée tous les 4 ans par l’Audax Club Parisien.
6050 participants venus de tous les coins du monde, 66% d’étrangers, 64 pays différents ! 4500 franchiront la ligne d’arrivée dans les délais !
Alain JOUANNEAU et moi-même avions décidé de le faire de nouveau cette année, lui pour la 4ième fois, et moi pour la 5ième fois. Nos records respectifs sont de 75 et 73 heures, et il n’était pas question pour nous de tenter d’améliorer ces temps. Notre principale motivation était d’accompagner Jean-Philippe BIECHE, néophyte pour ce genre d’épreuve, que j’avais entrainé dans cette aventure. Il avait suffi de le convaincre qu’il avait les moyens physiques pour le faire ( lui seul pouvait en douter ! ), et puis sa soif d’aventure, sa détermination, sa prédisposition pour relever de tels défis ont fait le reste. Toute sa préparation fut axée cette année sur cet objectif, avec les 4 brevets qualificatifs, du 200km au 600 km, 600 qu’il a d’ailleurs doublé pour m’accompagner.
Nous devions donc être tous les 3 au départ, et nous avions prévu de le faire ensemble et de terminer ensemble ! Imaginez ma situation ! Faire cette randonnée avec Alain et Jean-Philippe ! Deux garçons à l’état d’esprit exemplaire, d’une gentillesse constante, généreux dans l’effort pour le groupe, tolérants, jamais une réflexion …… Pour moi qui avais eu une préparation assez difficile car rentré en France seulement mi-juillet, je ne pouvais pas avoir de meilleurs coéquipiers pour une telle épreuve !
Malheureusement, Jean-Philippe fit cet AVC une semaine avant le départ. Evidemment le PBP passa au second plan, et l’intervention rapide des secours, l’efficacité des soins, et sa force physique lui ont permis de recouvrer rapidement l’usage de ses membres, et sa mobilité faciale. Le renoncement au PBP fut une énorme déception pour lui et son moral en fut très affecté. Mais l’essentiel reste sa fulgurante progression ; la guérison totale prendra plus de temps. Il lui faut suivre dorénavant les directives du service médical. Nous lui souhaitons d’être autorisé à remonter sur le vélo le plus rapidement possible. Alain et moi étions vraiment très déçus de sa non participation, mais rassurés par son état, et très touchés par ses encouragements avant notre départ. Un rapport de cause à effet entre son AVC et le PBP, ou sa préparation intensive ? Moi qui l’ai entrainé dans ce défi, je ne peux m’empêcher de culpabiliser !

Nous avions prévu le délai maxi, persuadés de pouvoir ainsi le faire à l’aise, en prenant des temps de repos normaux, sans aucune pression, presque en touriste …… Tu parles ! Nous avons été en permanence sous pression pour ne pas prendre de retard par rapport au planning d’heures limite que nous nous étions fixées à chaque contrôle ! Les raisons en ce qui me concerne ? Moins bon que les 4 et 8 années précédentes, une préparation non adaptée, même si je pensais qu’elle était suffisante, et beaucoup de temps d’attente dans les contrôles pour la restauration et l’accès aux matelas ! A partir du deuxième jour, Alain était comme il fallait s’y attendre, meilleur que moi dans les bosses, et il ralentissait en haut pour m’attendre. Toutes ces petites attentes lui ont coûté quelques heures de sommeil !

Départ le dimanche soir 19h 45 du Vélodrome de St Quentin-en-Yvelines. L’attente de plusieurs heures fut beaucoup trop longue. Le temps est idéal, avec un vent latéral et une température douce, bien sûr plus fraiche en fin de nuit. Avec un brouillard important le matin après Villaines, mais soleil ensuite. Une période de faiblesse pour moi dans la matinée avant Fougères, qui aurait mérité un petit somme. Mais je vais récupérer de ce coup de barre. 50 kms de presque plat avant Tinténiac vont nous soulager, mais les 90 kms suivant pour Loudéac sont très vallonnés. L’après Loudéac est la partie la plus difficile de ce PBP, et nous décidons de dormir un peu avant de l’affronter, même s’il n’est que 19h 45. 450 kms parcourus sans sommeil en 24 heures : conforme à nos prévisions.
Trop de monde, beaucoup de temps d’attente. Nous repartons à 2h 30, avec 3 heures de sommeil effectif. Encore beaucoup de brouillard et la température est d’environ 10°C. Tronçon très difficile, mais nous progressons normalement. Passage au point culminant du PBP au Roc Trévézel. Arrivée à Brest vers midi. Un coup de moins bien pour Alain dans la montée retour du Roc Trévézel, mais 10 minutes de repos au bord de la route et ma capacité à m’endormir en 15 secondes vont lui rendre immédiatement ses capacités ! Retour à Loudéac à 1 heure du matin, et 3 heures de sommeil dans le même dortoir que la veille. Mais Alain et moi éloignés, mes ronflements obligent !
Nouveau départ mercredi matin de Loudéac à 5h 00, 2 heures après l’heure prévue sur notre planning. Mais il faut atteindre ce soir Mortagne-au-Perche avant de s’accorder un peu de repos. L’objectif était de pouvoir repartir de Mortagne avant 4 h du matin jeudi, pour gérer à l’aise les derniers 140 kms avec une marge rassurante.
A ce moment du Paris-Brest-Paris, tout le monde est un peu « à la ramasse » ! Chacun roule à son rythme, on ne prend même plus les roues. L’essentiel est de progresser, quelle que soit la vitesse ! Alain continue à temporiser au sommet des bosses, mais moi aussi, j’en double, des concurrents !
Nous arriverons à Mortagne à 1h 30 du matin, et il faudra le mériter, au prix d’une montée de 2 km à 10% ! L’objectif cité plus haut, repartir avant 4h 00, ne nous permettra pas de dormir « normalement » ! Contraint de dormir seulement 1 heure à même le carrelage d’un couloir de la salle de sports.
Départ de la dernière étape à 4h00. Après 50 kms de bosses pour sortir du Perche, nous trouvons enfin le plat ! Mais après le dernier contrôle de Dreux, c’est l’orage et le déluge ! Alain pensait terminer sans une goutte de pluie, pour ne pas salir le vélo ! ! Raté !
Au fur et à mesure de notre progression, nous sommes rassurés sur l’issue de notre défi, et seul un problème mécanique pourrait maintenant nous priver de notre réussite.
Même la terrible côte de Gambaiseuil, 15%, ne nous forcera pas à mettre pied à terre !
Arrivée toujours très émouvante au Vélodrome de St Quentin, après 88,5 heures de souffrance, immortalisée par l’appareil photo de Betty, notre fidèle supportrice, et sous les applaudissements du nombreux public venu accueillir les cyclos !

Difficile d’imaginer les difficultés si on ne l’a pas vécu, mais même si on peut à un moment penser abandonner, nous savions que beaucoup de gens suivaient notre progression dans cette épreuve, et nous ne pouvions pas les décevoir, n’est-ce-pas ? Et pour Jean-Philippe ! Inutile de dire qu’il ne s’est jamais passé 15 minutes sans que nous ayons une pensée pour lui !

Contrat rempli, mais un bilan de sommeil très insuffisant : la première nuit sur le vélo évidemment, 3 h la 2ième nuit, 3 h la 3ième nuit, et 1 h sur le carrelage la 4ième nuit !
Heureusement, les conditions ont été idéales : jamais de vent de face, parfois dans le dos, une température raisonnable, et de la pluie uniquement la dernière matinée de jeudi. Et aucun problème mécanique, merci les vélos !
Je suis vraiment heureux d’avoir réussi, mais je suis maintenant trop vieux pour de telles épreuves ! Un cyclo est décédé sur la route à Loudéac d’un arrêt cardiaque. Et le mercredi après-midi, près de Lassay-les-Châteaux, un cyclo venait juste d’avoir une attaque, et était inanimé livide, en cours de massage cardiaque ! Cela fait réfléchir avant d’aller affronter la bosse suivante !
Mais à côté de ces épreuves physiques, que de satisfaction et de plaisir grâce à toutes les rencontres que l’on fait pendant ces 4 jours, cyclos français et étrangers ( 66% étrangers ! ), et l’accueil formidable des Bretons en particulier, sur le bord des routes, offrant gratuitement repos, eau, nourriture, etc…. Une convivialité et une ambiance compensant la douleur physique !

Alain a juré les grands Dieux que c’était son dernier PBP. J’ai fait de même….
Combien de fois on peut se dire durant ces quatre jours : « Mais qu’est-ce-que je suis venu faire dans cette galère ? »
Et pourtant, après réflexion ( et après 2 semaines de repos … ), on ne se souvient que des bons moments, et on oublie le pire ! C’est un événement exceptionnel à vivre, et on ne peut le vivre que de l’intérieur !
Cyclos de Quinsac, réservez d’ores et déjà pour 2019 ! ! "

Bernard Ducornetz

Je rajouterais que le PBP est une grande fête du cyclotourisme, une aventure, une épreuve mythique et un défi contre soi-même. Le public au bord de la route est là pour accentuer cette sensation de grandeur. Je n’ai trouvé nulle part ailleurs cette ambiance si particulière qui donne l' envie d’y revenir.
Les ennemis sont nombreux, la nuit, la fatigue, le sommeil, le dénivelé et pour certains malheureusement des ennuis de santé ou mécanique qui les contraignent à l’abandon.
Comme je l'ai dit c'était ma dernière participation, mais je suis prêt à faire l'assistance pour celui ou ceux qui voudraient s'y engager.
Je terminerais par cette citation de Sénèque “ Ce n’est pas parce que les choses nous paraissent difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles nous paraissent difficiles“.
J'espère que le club de Quinsac aura un ou plusieurs cyclos qui oseront !!
Ci-dessous les liens pour voir les quelques photos de notre PBP
https://goo.gl/photos/q69g1SjAnUSuUwkA7
https://goo.gl/photos/W8TfMKv5uB9dXi9s9